Archive pour juin, 2008

Aplasie 16

Lundi 30 juin 2008

Epée de Damoclès

Victor scruta attentivement le liftier qui décochait malhabile son talkie-walkie: “A combien de temps estimez-vous la panne?”. Une voix de machiniste brouillonne répondit: “…cherchons les raisons…câble usé…diagnostic…en cours”. Le liftier, sur lequel tous les regards étaient fixés, ne sembla pas très satisfait par cet échange mais pour gagner en charisme, tentative vaine, il se rabibocha rapidement. On attendait qu’il prenne la parole. Il se racla la gorge et articula:

- Simple problème technique…

- Sorry? firent les hongrois dans un anglais illusoire.

- Euh…Just a technical problem.

- Will it be long? questionna l’une des personnes révélant ainsi sa nationalité américaine.

- Probably not.

Le petit groupe se tut. Prêt à patienter…

- Bon, fit Victor à sa femme, on aurait dû attendre les japonais…

Maude, comptant déjà les jours, imaginait le pire et s’était dégagée depuis longtemps de l’étreinte virile de son mari; seule contre tous elle ne faisait rien pour cacher l’angoisse dans ses yeux. A son niveau, tous ses compagnons de fortune étaient des étrangers, même son mari. Elle vivait un drame, plus profond qu’une pathétique panne d’ascenseur; aussi romantique qu’elle puisse être. Au fond d’elle, en ce jour 7 d’inter-cure, à quelques semaines de la fin de son traitement, elle sentait balancer au dessus d’elle une indolente épée de Damoclès nommée L’APLASIE.

Aplasie 15

Dimanche 29 juin 2008

L\'hydre de Lerne

Maude dans un coin de la cabine voyait poindre l’hydre de Lerne de tous les bords. Ce monstre grec multi-céphale, c’était ses compagnons de fortune coincés avec elle et son mari depuis maintenant 3 heures dans l’ascenseur.

L’haleine des autres? Un poison.

Les mains des autres? Autant d’attaques bactériennes.

Leur silence? Et bah ils respiraient quand même.

Leurs paroles? Des miasmes buccaux.

Son salut? Simple, ne pas rester coincée dans l’ascenseur.

A son grand malheur, Victor n’était pas Hercule et composait lui aussi avec le monstre…Par ailleurs, il ne comprenait pas encore le drame se tramant dans la tête de sa femme…Tout s’était passé si vite:

Après plusieurs dizaines de secondes d’élévation, l’ascenseur, presque arrivé au sommet, s’était brutalement stoppé. Panne aérienne, à 250 mètres. Le liftier s’était retourné soudainement vers le haut de la cabine, un peu façon bande dessinée, Blake et Mortimer: “What the hell?!”. Les philippins avaient fait un petit bond en arrière: “kaï”, les hongrois s’étaient regardés l’un et l’autre, surpris; les deux personnes non accompagnées avaient instinctivement miré leur montre, en tapant du pied façon: “je vais quand même pas être en retard à mon rencard d’en haut!”. Victor avait agrippé Maude; Maude s’était crispée.

traversée du désert…

Samedi 28 juin 2008

…et pourtant, il en existe de bien belles, pépères et sans chaleur, en restant sur un canapé

Aplasie 14

Vendredi 27 juin 2008

Larmes de Victor

- Alors, qu’est-ce qui t’amène mon vieux, y a un truc qui va pas avec Maude?

Concentré sur son verre, Victor n’osait pas regarder son ami.

- Bah raconte!, dit Igor décontracté en lui tapant sur le genou.

- Mais c’est que, enfin c’est difficile…

- Quoi?! Vous êtes toujours ensemble, non?

- Mais oui, bien sûr…

- Vous avez fait un break?

- Mais non! C’est pas le problème!

- Ok ok, bah c’est bon, vas-y, raconte.

- Non non,…on s’en fout.

- Quoi on s’en fout?! Mais arrête, joue pas le timoré, pas avec moi!

- Non, mais c’est passé, c’est rien; on s’en fout j’te dis.

- Alors tout va bien?! Qu’est-ce que tu me chantes putain? Tu te fous de moi ou quoi? Tu te pointes la tête flinguée…t’as un truc important à dire ça se voit…et là, tu la boucles?!

- Mais ta gueule, deux secondes, merde!

Igor respecta un silence court…mais moqueur et impatient il ne sut se retenir:

- Te force pas mon vieux, c’est vrai qu’on ne se connaît pas si bien après tout…

Cette ironie déplut à Victor qui le traduisit par un geste de dédain. Il attrapa son manteau:

- Tu me saoules merde!

Les deux hommes étaient maintenant debout face à face, Igor agrippant le bras de son ami…

- Attends, reste! Désolé, je comprends pas…

Victor baissa la tête, vaincu.

- Assis-toi, s’il te plaît…Allez…Je t’écoute.

Victor s’assit, reprit son calme, s’excusa. Son souffle reprit sa course normale. La tension s’éloigna. Il sembla s’armer de courage et prit une longue respiration.

- Elle est malade, elle doit recevoir des soins, de façon périodique…ça va être dur, c’est chiant, ça nous tombe dessus, on n’y connaît rien, je comprends pas…

- Ah…, balbutia Igor.

- Ca va durer 8 mois, ça ira ensuite, mais faut passer par là…on s’est marié il y a à peine 1 an! C’est irréel! Elle va en baver, c’est dur; je me sens dépassé là…Ses parents sont là, je suis là.

Cette litanie désespérée lancée en vrac laissa Igor de marbre. Il regardait ses pompes. L’éternité défila silencieusement dans la pièce. Mal à l’aise, Igor eut l’envie de mimer un trompettiste et de faire des gestes obscènes. Il resta sobre:

- Très bien, je suis là aussi mec.

- Merci Igor.

Les deux compères s’embrassèrent.

- Un autre verre?

- Je ne dis pas non, merci.

Igor s’éloigna de nouveau pour chercher la bouteille. Victor était maintenant apaisé d’avoir pu se confier. Il était maintenant replongé dans une réflexion bien propre à lui. Il en fit part à Igor:

- Hé dis, tu n’as pas l’impression, de temps en temps, d’assister à ce que tu vis?

- Je comprends pas, mec.

- Tu vois, parfois, ça m’arrive: je suis avec quelqu’un, on se parle, je suis concentré uniquement sur l’immédiateté de la conversation et puis d’un coup, ma conscience s’éveille, s’élève même, et fait que je me vois parler…c’est comme si j’assistais à la scène dans laquelle j’opère…tu vois?

- Euh…j’espère que ce que vous vous dîtes est intéressant dans ce cas-là! T’es sûr pour l’autre verre?

Les deux compères s’enfoncèrent paisiblement dans l’après-midi à mesure que la conversation s’épaississait; ils trinquèrent plusieurs fois à la santé de Maude et finirent même par sourire…

ça tangue ferme, à gauche à droite, confusion verbeuse…

Jeudi 26 juin 2008

policier, à gauche à droite?

L’interviewer avait des idées fixes, l’interrogé des réponses courtes…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dénoncer la panne de l’ascenseur social?

- de gauche, évidemment…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de critiquer l’immobilisme ambiant?

- de droite, assurément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de relancer l’emploi?

- de gauche, intensément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de créer des emplois?

- de droite, forcément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’aider ceux qui veulent s’en sortir?

- de gauche, impunément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de penser place aux plus méritants?

- de droite, profondément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire la sécu c’est un acquis indétrônable?

- de gauche, viscéralement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire la sécu c’est une chance dont il ne faut pas abuser?

- de droite, gouvernementalement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire on va changer les choses?

- de gauche, indécrottablement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire on va réformer le pays?

- de droite, littéralement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’être jeune, riche et solidaire?

- de gauche, ménilmontant…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’être jeune, riche et chef d’entreprise?

- de droite, tyranniquement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de faire des études gratuites?

- de gauche, légitimement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de faire un job pour payer ses études?

- de droite, ambitieusement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire la France est en crise, c’est catastrophique?

- de gauche, fermement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire la catastrophe, c’est la France?

- de droite, incontestablement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’en vouloir à la terre entière, trop injuste?

- de gauche, fébrilement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’être injuste face à la terre?

- de droite, implicitement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’avoir un travail pénible à cause d’un système pourri?

- de gauche, syndicalement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’être pourri par le travail et de profiter d’un système pénible?

- de droite, scandaleusement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire une chose et d’être solidaire?

- de gauche, démagogiquement…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite de dire cette même chose et d’être volontaire?

- de droite, expressément…

- Est-ce d’être de gauche ou de droite d’être de gauche ou de droite?

- de gauche et de droite, réciproquement…

- Merci

- mais c’était tout naturel…

Aplasie 13

Mercredi 25 juin 2008

Paris sous la pluie

“Quel con!”, Victor avait oublié ses clés, il pleuvait des cordes et il n’était pas d’humeur à perdre du temps pour des oublis de comptoir. Il commençait déjà à rebrousser chemin, mais à quoi bon après tout?! Il s’était enfui de chez lui à reculons, fatigué d’une soirée trop longue et enfumée, après avoir traînaillé dans son lit bordélique et pris un bain brûlant. Cela avait anéanti toute probabilité d’enthousiasme pour la journée. Arrivant sur le palier il réalisa qu’en effet ayant oublié ses clés, il ne pourrait pas rentrer chez lui. “Quel con!”, bis. La journée, où le peu qu’il allait en voir, s’annonçait résolument ignoble; il devrait trouver l’énergie de prendre le métro pour chercher un double que ses parents gardaient chez eux, pour espérer remettre les pieds chez lui. Franchement, ça valait le coup? Un instant il hésita à appeler un serrurier pour “forcer” la porte. Les 200€ que ce service aurait coûté l’emportait sur la peine de prendre les transports après tout…L’indécision le dominait, puis, “bast’!”, il reprit son chemin tête baissée pour se rendre chez un ami…

Il pleuvait toujours et la marche se faisait longue, pénible. C’était chiant de marcher. Finalement, après 5 étages en colimaçon qu’il ne pris pas la peine d’enjamber, il arriva chez Igor. Igor était spécial. Blond, grand, large d’épaules mais très fin. Assez élégant de nature, habillé de frusques un brin à la mode. Ravis de se revoir, ils se serrèrent la main, s’embrassèrent même avant de s’installer complètement.

- T’as pas une serviette? Un t-shirt? Je suis épuisé, j’ai les fringues trempées…

- Ouais, j’arrive tout de suite.

Victor s’essuya. C’était pas très énergique. Igor s’éloigna pour lui servir un verre. Un porto bien sec. Ils en avaient passé du temps ensemble, plus jeunes. Igor faisait partie de ce type d’ami que l’on ne voit qu’en individuel. Et trop de temps avait passé depuis leur rencontre pour que toute trace d’affect autre que celui d’une amitié profonde et mêlée de respect ne les lie. Igor, c’était l’ami qu’on ne voyait pas toujours mais celui dont on possédait justement une vision suffisamment synthétique pour obtenir une photo plutôt fidèle de ce qu’il était. Pas comme un copain quotidien, que l’on connaît pendant des mois, et que l’on ne voit plus jamais. D’eux, on ne tire qu’une période tout au plus; puis l’incompréhension fait rage et c’est la rupture.

Ils étaient bien heureux de se voir aujourd’hui. L’un pour des confidences, l’autre par enthousiasme amical. Il fallait que la conversation démarre maintenant. Non pas qu’ils allaient s’empêtrer dans le formel! Non, mais de leur relation spéciale avaient toujours éclos des débats rageurs, rageurs d’intensité, rageurs de conviction mais surtout débordant de passion. Ils ne se frittaient pas, non, mais ils connaissaient l’UBRIS ensemble, la démesure, à deux, de discussions extras; large confusion des sentiments…Ces discussions, ces envolées, c’était l’orgasme à deux, c’était de la philosophie à deux, c’était de la fougue. Mais pas des conneries! A l’époque, avant l’avènement professionnel, ils lisaient, ils parlaient, sortaient au théâtre; leurs lectures variaient de Descartes à Vian, leurs racines s’alimentaient d’Héraclite, leur horizon nocturne rencontrait Céline…Mais ce jour là, Victor ne venait pas pour des digressions juvéniles et Igor ne l’avait pas bien compris.

Aplasie 12

Mardi 24 juin 2008

Les toits de Paris vus du 2ème étage

S’élever pour voir? Quel fondement à cette démarche? Ca n’était pas vraiment une visite. On ne dit pas: “j’ai visité la Tour Eiffel”, on ne dit pas non plus: “j’ai vu Paris”. Peu importe, les 160 mètres restant promettaient une ascension de 80 secondes, à partager avec ces inconnus: 10 personnes réunies par une curiosité ponctuelle, dont un liftier blasé, écrabouillé par la robotique de ses gestes et l’envie de finir sa journée.

Ils ne voyaient maintenant plus Paris en regardant devant eux, ils imaginaient une vaste plaine peuplée de tôles d’altitude et formes diverses, un skate-park immense réservé aux plus téméraires; un enchevêtrement de bourgades bizarrement reliées, une cohérence approximative de peuplements humains; c’était un peu tribal tout ça. L’étrangeté était d’ailleurs renforcée par la présence de ces individus qui au beau milieu d’un plateau urbain admirablement statique, avaient choisi l’élévation spatiale. Cette ascension n’enlevait pourtant à personne une incroyable impression d’immobilité et ils partageaient cela ensemble, tous regroupés dans un monte-charge panoramique.

10 personnes, combien de groupes? On imaginait volontiers ce groupe d’asiatiques, probablement philippins, ensemble; ils étaient 3. Il y avait également ce vieux couple d’Europe centrale, type hongrois, assez digne et plutôt élégant. Puis, 2 personnes apparemment isolées; allaient-elles rejoindre des connaissances au sommet? Enfin, le liftier; fidèle à lui-même et aux autres, mais un tantinet plus débraillé.

Victor regardait sa femme, elle aussi observatrice des visiteurs. Elle le tira par la manche:

- Y viennent d’où tu crois?, soupira-t-elle, des thaï non?

Victor lui sourit:

- Euh…Philippins, je dirais…

- A voir…

Regardant ses boucles brunes un peu moins fournies qu’il y a quelques mois, il se rappela brutalement la première fois qu’il annonça la situation à un ami. C’était la fin de l’été, la grisaille était bien lourde et il était de mauvais poil.

Aplasie 11

Lundi 23 juin 2008

Hublot 2ème étage

- Il est presque 5 heures, on monte non?

- Oui t’as raison, répondit Victor.

Ils se dirigèrent d’un pas décidé vers les cabines. Sur le chemin Victor traîna encore devant une espèce de hublot planté au sol de l’étage; il proposait une vue plongeante vers la base de la tour. Il y vit le moyen d’une évasion freudienne mais se raisonna lui-même…

- Allez, allez, s’impatienta-t-elle.

Ils se greffèrent à un petit groupe qui attendait la venue d’une cabine. Cette fois, on sentait une véritable excitation; se retrouver à plus de 270 mètres à l’air libre tout de même…Les regards des visiteurs se croisaient et comme de coutume, chacun esquivait l’inconnu d’un air: “vole pas mon rêve; respecte mon enthousiasme, et surtout n’y prête pas attention”…Victor se dit calmement que tout le monde avait le droit de vivre l’expédition à sa manière et qu’au bout du compte, chaque couple, bande, groupe était comme autant de bulles de vie surprotégées dont l’unique faiblesse était l’infraction facile de pouvoir assister sans pudeur à leur joie d’être sur le site…A ce moment là, il vit qu’en passant un enfant qu’on tenait par la main toisait Maude et il se sentit volé.

La cabine arriva; un brouhaha diffus lui fit tourner la tête: à quelques mètres, la guide des japonais se tenait fière, la main brandie comme un héraut médiéval. Il pria pour que ce groupe ne puisse pas saboter l’ascension. Les portes s’ouvrirent, les visiteurs foncèrent dans la cabine comme s’ils s’étaient passés le mot et le liftier vérouilla les portes.

- Ouf, fit Victor l’avant-bras sur le front…

- On l’a échappé belle, dit Maude, cynique et crispée.

Rassurés, les visiteurs maintenant complices se regardèrent d’un air: “je ne suis pas si mécontent d’être avec vous, finalement!”. Maude avait quant à elle déjà oublié l’affaire et regardait en face s’étendre le ciel et la bizarrerie des forme des cumulus. La cabine démarra l’ascension.

Aplasie 10

Dimanche 22 juin 2008

Alphabet - langage des signes

Champs de Mars, Ecole militaire, Tour Montparnasse; ça donnait une allure grecque et belliqueuse à la perspective.

- C’est pas la meilleure vue, hein?

- C’est clair, mais le champs de Mars dégage une formidable impression d’espace, remarqua Victor.

- C’est un peu stalinien par ici, les immeubles sont comme rangés dans l’ordre, les terre-pleins et pelouses sont scientifiques.

- Ouais, mais c’est quand même dingue qu’à Paris on puisse avoir autant de…

- Por favor?, coupa une voix suave mais résolue.

Le couple se retourna les mains agrippées à la balustrade.

La personne, souriante, montra d’un air gêné son appareil photo. Elle était accompagnée d’une femme du même type.

- Queréis que saqué una foto de vosotras, rétorqua Victor ravi de mettre à profit son espagnol.

- Si por favor, répondirent-elle en cœur.

Les deux paires inversèrent rapidement leur position et les espagnoles s’offrirent à l’objectif. Pose décontractée pas du tout naturelle mais sourires sincères. Le panorama derrière n’était pas le meilleur, mais elles trouveraient bien d’autres personnes ailleurs à l’étage pour une pose inédite…

- Podéis acercarse un poquito por favor? réclama le photographe.

- Como eso?

Victor leva le pouce comme pour confirmer; le langage des signes est toujours une option efficace entre étrangers. C’est d’ailleurs étonnant de voir comme ils se débrouillent, les dialogues se démunissent pour laisser place à des rires faciles, des blagues plutôt conservatrices et des gestes sommaires façon “viens voir un p’tit coup à la maison”…

Maude suivait la scène mais restait en retrait.

“Clic!”

- Esta bien, dit Victor tandis que les deux espagnoles se ruaient sur l’écran du numérique comme pour une communion à trois.

- Muy bien, muy bien, s’enthousiasmèrent-elles. Mais pouvaient-elles dire autre chose?

- Otra?, proposa Victor poli.

- Pues…si si, por favor

Victor s’exécuta.

- De donde vienes?, demanda l’une des deux.

- De Francia.

- Hablas muy bien!

- Muchas gracias!

Maude fit comme un appel du pied.

- Bueno, que aprovechéis la visita, lâcha-t-il pour clore l’intermède.

- Hasta luego, firent-elles.

Maude attrapa la main de son mari qui souriait encore à ses deux muses. Les deux couples reprirent leur ballade.

screaming is not pain

Samedi 21 juin 2008

Un jour, j’ai poussé un cri. Réalisant qu’il ressemblait à une expression de la douleur, j’ai recommencé. Scrutant les réactions…

Le cri - Munch (1893)