bon sens en milieu marécageux?

Vendredi 20 juin 2008

Classiques et néo-classiques, penseurs humanistes

L’emmerdant avec le socialisme français, c’est que c’est très facile d’en être.

L’ennui avec le communisme français, c’est qu’on vous fait les yeux plein d’empathie quand on s’en revendique.

L’inquiétant avec le capitalisme français, c’est qu’il faudrait avoir honte d’en être.

Et la principale gêne, c’est qu’en France, il est désormais inutile de défendre une idéologie. Puisqu’en effet il s’agit d’endosser soit le beau rôle, soit celui du doux rêveur, soit celui du requin cynique. En fait, le plus problématique serait peut-être d’être, au bout du compte, français. Puisqu’on ne peut plus parler sans hériter d’une étiquette, la plupart préfère la boucler ou bien s’habiller de blanc sans comprendre ni ce qu’il défende, ni là où ça mène, ni ce que cela implique.

On dit souvent que le bon sens suffit pour planter les bons piquets aux bons endroits. Et j’y ai longtemps cru. Malgré tout, je pense qu’un minimum d’entendement économique est presque l’unique moyen de provoquer du bon sens, à ce sujet…

La perle

Je me rappelle en mai 2007, le 20 exactement, à la terrasse d’un bar branché du marais où les gens se tiennent debout car c’est la mode le regard d’une jeune bourgeoise bohème dont la famille est propriétaire d’une bicoque sur une île huppée de Bretagne. La discussion allait bon train, nous étions avec quelques amis et cette jeune femme. Alors que nous plaisantions sur un sujet lié à la mésaventure qu’avait connu une personne, un ami s’esclaffa:

- Il faudrait en toucher un mot à Nicolas!, ironisant sur l’aspect tout-terrain du nouveau président.

- Hein?!, dit la jeune fille qui n’avait pas compris.

Et là, une des plus pathétiques réactions de la vie parisienne se produisit. Une de mes amis, certainement d’un autre bord que mon ami blagueur se prit de lui expliquer, tout doux dans le creux de l’oreille:

- C’est parce qu’il a voté Sarkozy.

Conséquence immédiate: mouvement instantané de recul dédaigneux de la jeune et supérieure bourgeoise bohème. Je vis mon ami entendre cette réflexion et lire le mépris; sa grandeur d’esprit lui dicta de finir son verre, bien aise.

Scandaleux, non?!

Attention! Je ne fais pas cela pour défendre plus un bord que l’autre mais bien pour dénoncer la connerie. Aujourd’hui en France, on choisit trop souvent la facilité. Il était tellement plus facile de voter, sans réfléchir, Ségolène et de le crier sur tous les toits que d’avoir le cran de voter Sarkozy, vote – si officialisé – demandant souvent un peu de courage, sachant le bougre d’homme qu’il est…Pourtant Ségolène n’avait pas un programme spécialement de gauche, loin s’en faut, mais qu’importe, elle se disait du PS…Et quand il s’agit d’enfiler l’habit du bien pensant, cet argument suffit à bien des gens…

Plus jeune, j’étais communiste. Avant ma vingtaine, j’élaborais théories et poèmes plein d’entrain. Un vrai révolutionnaire. J’y croyais dur! Après, en étudiant plus, j’ai cru en la théorie des extrêmes: deux moyens d’atteindre le royaume du bonheur hégélien. J’explique:

Tout d’abord, le mécanisme du marché dans lequel la monnaie ne serait qu’un voile (Jean-Baptiste Say) et où “trop d’impôts tue l’impôt” est un monde fantastique. Parfait. Fluide. Pur et parfait. Chaque individu agit selon ses inclinaisons et la main invisible smithienne fait le reste. Les denrées et besoins s’égalisent. L’état est minimal, on croit en l’homme. La vie est belle. Le pouvoir (politique) devient une notion déclinante. C’est d’apparence une solution dure, mais c’est de loin la plus belle, la plus pacifiste et la plus naïve; car elle fait confiance à l’homme.

D’un autre côté, le socialisme communisme poussé à son état le plus profond également est merveilleux. Chacun produit pour l’autre. En revanche, il faut d’abord mettre en œuvre une grosse machine de guerre étatique pour réguler le marché (n’en déplaise à certains, il y a toujours “marché”). Cette étape est longue et souvent coûteuse car elle met aux prises différents hommes de pouvoir, au début. Et comme la solution est collective, il faut effacer les inclinaisons humaines, ce qui demande du temps et bien plus! des concessions, lourdes…Enfin, le royaume du bonheur se dessine. On produit pour moi et je produis pour autrui, mais manque de chance: mes inclinaisons naturelles (une préférence pour le bleu, une envie de roquefort plus que de comté,…) n’ont pas tout à fait disparu. Le fiasco du rationnement totalitaire pointe son nez crochu. La solution collective fait envie, c’est le beau rôle, mais elle est impossible: au nom de quelle théorie, de quelle idée du bonheur, devrons-nous censurer ce que chaque homme a de plus cher, sa différence?

Ma fête des masques à moi serait donc de croire en l’économie de marché, mais à son paroxysme! Pas à l’actuel, où l’on pimente de marché un état socialiste (ou l’inverse, on pimente de socialisme à grands coups de réformes une situation de marché), mais à celui dont la perfection rappelle la mécanique des fluides: tout est huilé, sans intervention aucune, les hommes sont en harmonie.

Mais il y a toujours un mais: comme nous ne laisserons jamais les hommes donner libre cours à leurs inclinaisons sans regard étatique ou quelconque surveillance, il faudra à jamais se contenter d’un demi système, comme le nôtre; où les deux théories s’affrontent sans cesse sans jamais comprendre qu’elles aspirent à la même chose (l’absence d’état, la fluidité). Aujourd’hui, les imperfections d’une économie de marché pure insuffisamment appliquée provoque des dérives terribles (taux d’intérêt, argent non réinvesti, capitalisme brut privilégiant accumulation à circulation fiduciaire).

Et puis au passage, le socialisme communisme français est vicié, puisqu’il pense et revendique “pouvoir d’achat”, or, dans un monde communiste, la consommation se passe d’argent…Le socialisme français actuel est donc une compromission mais pas une idéologie.

En revanche, il est évident qu’avec le demi système actuel, qui attise convoitises à grands renforts d’inégalités, une conscience socialiste demeure indispensable.

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